Le point sur l'élection du préfet au suffrage universel
Avec Francine Blais, préfet de la MRC Le Granit
Le dossier de l'élection du préfet au suffrage universel a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années au Québec. Pourtant, malgré les incitatifs financiers offerts par le gouvernement, seulement huit MRC ont jusqu'à maintenant choisi d'adopter cette démarche. Quels avantages ces MRC tirent-elles de leur décision? S'en trouvent-elles renforcées? Comment peut-on expliquer les résistances du milieu municipal? Québec MUNICIPAL a discuté de ces questions avec Francine Blais, la première femme préfet élue au suffrage universel dans la MRC Le Granit.
Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL
| Québec MUNICIPAL |
Pouvez-vous nous rappeler dans quelles circonstances vous avez été élue préfet au suffrage universel?
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| Francine Blais |
Cela s'est passé en 2002. À ce moment, j'étais préfet déjà depuis 1998 et mairesse de Saint-Augustin-de-Woburn depuis 1993. Pour ce qui est du contexte qui a amené la MRC du Granit à prendre la décision d'élire son préfet au suffrage universel, il est très particulier.
En 2000, le gouvernement parlait de fusionner la Ville de Lac-Mégantic avec les municipalités voisines de Frontenac, Nantes et Marston. Ce projet soulevait beaucoup d'inquiétude dans la population et parmi les élus. Le ministre des Affaires municipales de l'époque, André Boisclair, nous a alors dit que si nous voulions éviter les fusions, il nous faudrait mettre en place certaines mesures pour renforcer la MRC. L'élection du préfet au suffrage universel était l'une de ces mesures. Quand j'en ai parlé pour la première fois, les autres maires n'ont pas du tout été d'accord. Par la suite, l'idée a toutefois fait son chemin, surtout auprès des élus concernés par le projet de fusions. |
| QM |
Trois ans plus tard, comment qualifieriez-vous votre expérience?
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| FB |
À mon avis, c'est une décision qui a été très avantageuse pour la MRC. Cela nous a permis d'obtenir des compétences additionnelles, notamment, en matière de transport des collectes du recyclage et des déchets. Je crois que cela nous a aussi amenés à développer de nouveaux réflexes. Par exemple, il est de plus en plus fréquent de voir la MRC et les municipalités se regrouper pour effectuer certains achats et réaliser ainsi des économies. Auparavant, de telles initiatives n'avaient jamais lieu. |
| QM |
Est-ce votre rôle de regrouper tout le monde?
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| FB |
Oui. Quand un préfet n'est pas élu au suffrage universel, il a tendance à favoriser sa propre municipalité. Pour ma part, même après avoir été élue au suffrage universel, j'ai continué à dire des choses comme : «à Saint-Augustin-de-Woburn, nous faisons les choses de telle façon...». Puis, des maires m'ont dit que je ne pouvais plus parler ainsi et qu'il me fallait maintenant penser à l'ensemble de la MRC. Il m'a fallu quelques mois pour m'habituer, mais aujourd'hui, il m'arrive plutôt de dire «à Saint-Robert-Bellarmin ou à Saint-Ludger, ils s'y prennent de telle manière pour régler ce problème...» |
| QM |
Est-ce une bonne chose d'avoir un préfet à temps plein pour s'occuper des affaires de la MRC?
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| FB |
C'est même essentiel. À mon avis, il est presque impossible pour une même personne de gérer adéquatement à la fois les affaires d'une municipalité et d'une MRC. De plus, en ayant un préfet qui est plus présent au bureau, cela fait en sorte que les employés de la MRC sentent un plus grand sentiment d'appartenance envers leur organisation. C'est ce que plusieurs m'ont dit. Il s'agit donc d'un effet positif auquel nous n'avions pas pensé.TD> |
| QM |
Cette année, une seule nouvelle MRC, celle de Kamouraska, a fait le choix d'élire son préfet au suffrage universel. Selon vous, pourquoi n'y a-t-il pas eu davantage de MRC qui ont pris cette décision?
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| FB |
Je crois vraiment que le ministère des Affaires municipales et des Régions est en bonne partie responsable de ce résultat décevant. Les incitatifs financiers ont été présentés à la mi-juillet, alors que les MRC avaient que jusqu'au 1er août pour confirmer si elles souhaitaient s'en prévaloir. C'est beaucoup trop court! Sans cela, je crois que plusieurs autres MRC auraient aussi fait le saut. |
| QM |
Quels étaient les incitatifs offerts?
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| FB |
Le gouvernement s'est engagé à rembourser les dépenses rattachées à l'élection du préfet au suffrage universel, jusqu'à un maximum de 100 000 $. Il a aussi offert de verser l'équivalent des deux tiers de la rémunération des préfets élus pendant trois ans et le tiers de cette rémunération la quatrième année, jusqu'à concurrence de 40 000 $ par année. |
| QM |
Il reste que plusieurs élus sont farouchement opposés à l'élection du préfet au suffrage universel. Comment expliquez-vous cette résistance?
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| FB |
Il y a plusieurs raisons. Je me dis que certains préfets qui sont élus préfet par leurs pairs n'ont sans doute pas avantage à ce qu'une telle mesure entre en vigueur. Comme leur élection lors d'une élection tenue sur l'ensemble du territoire de la MRC serait loin d'être assurée, plusieurs risqueraient en réalité de perdre leur emploi. Il y aussi le fait que le préfet gagne plus cher dans la situation actuelle qu'en étant élu au suffrage universel. |
| QM |
Comment est-ce possible?
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| FB |
Le préfet désigné par ses pairs reçoit une rémunération de base relativement modeste. Le plus souvent, il a toutefois aussi droit à un cachet de 100 $ à 150 $ pour chaque comité auquel il participe. S'il prend part à trois comités par jour, ce qui n'est pas rare, il voit alors ses revenus grimper considérablement. En comparaison, le préfet à temps plein qui est élu au suffrage universel obtient une meilleure rémunération de base, mais il ne touche rien pour sa participation à des comités, puisque celle-ci fait partie de sa description de tâche.
Parmi les huit MRC qui ont choisi d'élire leur préfet au suffrage universel, il n'y en a qu'une seule où l'on retrouve un pôle majeur. Il s'agit de la MRC de la Haute-Gaspésie, où la ville de Sainte-Anne-des-Monts représente à elle seule 54 % de la population. Est-il juste de dire que les élus des villes centres sont méfiants vis-à-vis l'élection du préfet au suffrage universel? C'est souvent vrai. Le premier magistrat d'une grande ville qui a l'habitude de dicter ses décisions au conseil des maires peut ne pas voir d'un bon il l'introduction d'une mesure qui renforcerait la MRC et diminuerait son influence. |
| QM |
Comment pourrait-on faire pour relancer le mouvement en faveur de l'élection du préfet au suffrage universel?
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| FB |
Je crois qu'il faudrait maintenant songer à élargir le débat et à faire participer davantage les citoyens. Les citoyens impliqués au niveau communautaire ou ailleurs, ce sont eux qui voient les bénéfices qu'une région peut retirer de la présence d'un préfet au mandat renforcé. |