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Entrevue

Rivière-du-Loup se dote d'une politique de gestion de l'eau

Avec Éric Côté, directeur du Service de l'environnement

Rivière-du-Loup est récemment devenue la première Ville au Québec à se doter d'une politique de gestion de l'eau qui met à contribution autant les industries, les institutions et la population. Des actions concrètes seront ainsi entreprises, comme l'installation d'urinoirs fonctionnant sans eau et la pose de compteurs d'eau sur les bâtiments industriels, commerciaux et institutionnels (ICI). Dans un contexte où les exigences gouvernementales en matière de traitement de l'eau ne cessent d'être resserrées, Québec MUNICIPAL s'est entretenu avec celui qui a supervisé l'élaboration de cette politique, monsieur Éric Côté, directeur du Service de l'environnement et du développement durable à la Ville de Rivière-du-Loup.

Entrevue réalisée par Dany Rousseau, rédacteur de Québec MUNICIPAL


Québec MUNICIPAL Comment vous y êtes-vous pris pour élaborer cette politique?

Éric Côté Il nous a fallu environ un an et demi pour la mettre au point. Une vingtaine d'organismes voués à la protection de l'environnement et différents ministères ont été impliqués dans le processus, dont le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, la Direction de la santé publique, le ministère des Affaires municipales et le Conseil régional de l'environnement. Pour ce qui est de la consultation publique, elle a duré deux mois, soit de février à mars 2005.


QM Quelle a été la participation du public?

EC Une trentaine de personnes ont participé à la séance de consultation que nous avons organisée. Plusieurs citoyens ont aussi lu une version préliminaire de notre politique qui était disponible dans le site Internet de la Ville et ils nous ont fait parvenir leurs réflexions par courriel. Les commentaires ont été excellents. Certains nous demandaient même d'aller encore plus loin dans certaines de nos actions.


QM Quel est l'objectif de cette politique?

EC Son but est d'encadrer la gestion de l'eau à Rivière-du-Loup. Pour ce faire, nous avons identifié quatre axes d'intervention, soit la protection des écosystèmes aquatiques et de l'eau souterraine, l'utilisation responsable de l'eau, le contrôle des rejets des eaux usées et la consolidation de l'importance de l'eau dans le développement socioéconomique de la ville.


QM Pourquoi avoir choisi ces axes d'intervention?

EC Ces axes viennent dans l'ordre en termes d'importance. C'est-à-dire que pour permettre une utilisation responsable de l'eau, le contrôle des rejets, puis la consolidation de l'importance de l'eau dans le développement de la ville, nous considérons qu'il faut d'abord protéger la ressource dans ses écosystèmes.


QM Quelles actions concrètes comptez-vous entreprendre?

EC Nous avons prévu une quarantaine d'actions auxquelles tous devront contribuer. Dans un premier temps, il revient à la Ville de donner l'exemple. C'est pour cette raison que depuis l'an dernier, nous lavons les rues avec de l'eau non traitée. Nous avons acheté un corrélateur qui permet de faire la détection des fuites dans le réseau d'aqueduc. De cette façon, nous sommes en mesure de réparer les défectuosités au fur et à mesure et de diminuer notre consommation d'eau. Nous entendons aussi nous débarrasser de tous les urinoirs à chasse automatique qui sont présents dans nos bâtiments pour les remplacer par des urinoirs qui fonctionnent sans écoulement d'eau. Grâce à une cartouche scellée posée au fond des urinoirs et contenant un filtre, l'urine, plus lourde que l'eau, s'en sépare naturellement et les odeurs sont éliminées par le filtre. Ces appareils ont déjà été installés au Centre Premier Tech, un amphithéâtre qui a récemment été construit. Ils permettent d'économiser d'importants volumes d'eau potable.


QM Quelle sera la contribution du secteur privé?

EC Une dizaine d'entreprises fonctionnent déjà avec un compteur d'eau et sont tarifées en fonction de leur consommation. Nous voulons maintenant étendre cette pratique. D'ici la fin de l'année, nous devrions installer près de 350 compteurs d'eau sur les principaux bâtiments des ICI. Une aide sera offerte aux entreprises qui recherchent des solutions afin de réduire leur consommation.


QM Ne craignez-vous pas de ralentir le développement économique de Rivière-du-Loup avec ces mesures?

EC Jusqu'à maintenant, nous avons été surpris de constater à quel point les gens sont conscientisés quand il est question d'environnement. C'est vrai, même chez les dirigeants d'entreprises. Ce qui nous aide aussi, c'est le fait que nous travaillons à mettre de l'avant un principe d'équité. Nos interlocuteurs comprennent qu'il est juste que ceux qui consomment davantage paient un prix plus élevé.


QM Quel effort entendez-vous demander à la population?

EC Des modifications seront apportées à la réglementation municipale de façon à réduire le gaspillage. Ces changements concerneront les personnes qui utilisent l'eau pour nettoyer leur entrée de voiture, par exemple. C'est toutefois le seul volet coercitif de notre action. Pour le reste, nous entendons préconiser une approche de sensibilisation. Ainsi, nous allons organiser des soirées avec des spécialistes qui viendront parler, par exemple, de moyens de réduire l'utilisation des pesticides de façon à protéger la nappe d'eau souterraine.


QM Quels sont les coûts liés à l'adoption de cette politique?

EC Il nous faudra investir près de 100 000 $, dès cette année, pour installer des compteurs d'eau sur les édifices des ICI. Des travaux de plusieurs centaines de milliers $ devront également être réalisés pour réparer des sections désuètes du réseau unitaire et pour optimiser nos bassins d'épuration. Ce sont des coûts que nous devrons assumer seuls.


QM Recommandez-vous aux autres municipalités de se doter d'une telle politique?

EC Je crois que c'est presque inévitable. Le gouvernement ne cesse de resserrer les exigences en matière de gestion de l'eau. De plus en plus, les municipalités vont être appelées à travailler en concertation avec les autres intervenants locaux et il me semble que l'adoption d'une telle politique constitue un excellent moyen d'y arriver.


QM Votre plan d'action vous permettra-t-il de vous conformer à la Loi du ministère de l'Environnement qui, à compter du 28 juin prochain, obligera les municipalités de moins de 50 000 habitants à traiter l'eau de surface de leur aqueduc?

EC Non, malheureusement. Pour arriver à nous conformer à la Loi, il nous faudrait réaliser des travaux de 5,9 millions $ à l'usine de filtration d'eau. Nous ne pouvons aller de l'avant, car nous avons besoin de l'aide du gouvernement Charest. Comme bien d'autres municipalités au Québec, nous attendons un financement qui tarde à venir.


Pour consulter la politique de gestion de l'eau de Rivière-du-Loup

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